Lorsque je masse une femme, quelque chose est différent.
Ces derniers temps, je me demande beaucoup ce que je veux vraiment offrir à travers mon travail. Depuis le début, j’ai voulu créer un endroit pour celles et ceux qui traversent des choses difficiles. Des personnes qui sont fatiguées, et qui ont besoin d’une halte, d’un refuge, et d’un lieu où cultiver la paix.
Aujourd’hui, je masse beaucoup d’hommes. Et je crois que, peu à peu, l’envie de m’adresser davantage aux femmes devient plus claire.
Peut-être aussi parce que, ces dernières années, j’ai commencé à regarder autrement ce que j’ai moi-même traversé. Les douleurs. Les peurs. Les choses avec lesquelles il a fallu continuer d’avancer, parfois sans vraiment avoir le choix.
Et je crois que lorsque je regarde une femme, il y a souvent quelque chose que je reconnais. Je ne connais pas son histoire. Je ne sais pas ce qu’elle a vécu. Mais quelque chose en moi comprend.
Alors je crois que cette sécurité que les femmes m’offrent naturellement, j’ai envie de la leur rendre. J’ai envie de construire cet endroit pour elles aussi. Et peut-être même, de plus en plus, pour elles.
Pourquoi je masse lentement
Lorsque je pense au silence dans le massage, je pense à ces moments de vide qui laissent enfin au corps la possibilité de respirer.
Souvent, lorsque l’on est massé, le cerveau cherche à tout comprendre. Il étudie les gestes, essaie d’anticiper. Mais quand les mouvements ralentissent suffisamment, il n’y a plus rien à examiner. Le corps n’a plus besoin de se tenir en alerte, puisque tout est déjà là.
Ralentir, c’est aussi créer quelque chose de profondément différent dans nos vies. Un îlot de décélération. Le silence agit pour moi comme un révélateur. C’est souvent lorsque les gestes ralentissent le plus que le corps commence pleinement à ressentir.
Si je masse lentement, parfois jusqu’à presque ne plus rien faire, c’est pour prendre le temps d’être ensemble. Dans ces moments-là, j’ai l’impression étrange de me rapprocher de vous. D’aller au-delà d’un simple massage. Le silence, c’est l’endroit où je vous rencontre.
Peut-être que ce qui me touche autant dans ces instants, c’est l’impression très forte qu’une forme de vérité s’y dévoile — quelque chose de rare, de précieux, et que j’aimerais pouvoir protéger.